Faux vendeur : prix trop bas, acompte et virement à l’étranger

Un faux vendeur publie un objet qu’il n’a pas, à un prix qui déclenche l’envie d’agir vite, puis se fait payer avant toute remise : acompte, virement vers un compte à l’étranger, recharge de coupons ou faux paiement « sécurisé ». Le scénario touche surtout les téléphones, les consoles, les animaux, les voitures et les locations saisonnières.
Le prix d’appel
Le premier indice se lit sur la vignette. Les annonces de faux vendeurs se placent nettement sous le marché, assez pour paraître une affaire, pas assez pour sembler absurdes.
| Objet | Annonces comparables | Annonce piège type | Écart |
|---|---|---|---|
| Smartphone haut de gamme de l’an dernier | 600 à 700 € | 320 € | environ −50 % |
| Console de salon récente | 380 à 420 € | 190 € | environ −50 % |
| Citadine de 5 ans, 60 000 km | 11 000 à 13 000 € | 6 500 € | environ −45 % |
| T2 en bord de mer, une semaine d’août | 700 à 900 € | 420 € | environ −45 % |
Le texte justifie souvent le prix : départ urgent, héritage, cadeau en double, « il faut que ça parte vite ». Un vrai vendeur pressé baisse de 15 ou 20 %, rarement de moitié.
Un vendeur toujours ailleurs
Deuxième trait : la remise en main est impossible. Le vendeur est muté, en mission à l’étranger, hospitalisé, ou l’objet attend « chez un transporteur » ou « dans un garde-meuble ». Il propose donc un envoi, payé d’avance, par un service qu’il choisit. Toute demande de visite, d’appel vidéo ou de remise en main propre reçoit une nouvelle excuse.
Leboncoin liste ces mêmes signaux dans son aide : annonceur momentanément à l’étranger, paiement proposé par Mandat Cash, Western Union ou PayPal, demande de coordonnées complètes, invitation à poursuivre la discussion hors de la messagerie.
Pour un véhicule, la vérification passe par les papiers : carte grise au nom du vendeur, et rapport Histovec que le vendeur génère gratuitement sur le service de l’État et transmet sous forme de code. Un vendeur qui a la voiture devant chez lui obtient ce rapport en quelques minutes ; un faux vendeur trouve une raison de ne pas l’envoyer.
L’acompte demandé
L’acompte sert à « bloquer » l’objet face à d’autres acheteurs supposés. Il prend des formes adaptées à chaque secteur :
- Animaux : un chiot réservé contre 150 à 300 €, puis des frais de transport, de cage homologuée ou de vaccins réclamés en cascade.
- Location de vacances : 25 à 50 % du séjour à verser par virement pour une maison photographiée sur un site de location, sans contrat ni visite possible.
- Voiture : 500 à 1 000 € pour retenir le véhicule « que trois personnes veulent voir ce week-end ».
- Billets : places de concert épuisées, payées puis restées sans transfert dans l’application de billetterie.
Le premier versement en appelle souvent un second : douane, assurance, « frais de déblocage ». Chaque demande arrive avec une échéance courte.
Virement à l’étranger, coupons, faux RIB de plateforme
Le paiement demandé échappe au circuit de la plateforme. Trois variantes :
- Le virement vers un IBAN qui ne commence pas par FR, ou vers un compte dont le titulaire ne porte pas le nom du vendeur. Depuis le 9 octobre 2025, la banque de l’acheteur compare le nom saisi au titulaire du compte dans la zone euro et affiche « aucune correspondance » ou « correspondance partielle » si les deux diffèrent. Les virements internationaux hors zone euro échappent à ce contrôle.
- Les coupons prépayés achetés en bureau de tabac, dont le code est envoyé par message : l’argent est encaissé à la seconde et sans titulaire identifiable.
- Le faux RIB de plateforme : un e-mail « Leboncoin » joint un RIB en PDF pour un « paiement sécurisé par virement ». Sur Leboncoin, le RIB de la plateforme sert seulement à l’achat de véhicules d’occasion, transite par la messagerie de l’application ; son code BIC est MPAYFRP1XXX et son IBAN débute par FR. Pour tous les autres objets, le paiement sécurisé se fait par carte dans l’application.
L’annonce fantôme
L’annonce fantôme reprend les photos d’une vraie annonce, d’un site marchand ou d’une plateforme de location, parfois avec un prix et une ville modifiés. Trois vérifications prennent cinq minutes :
- Recherche d’image inversée sur la photo principale : l’original remonte souvent, publié ailleurs, sous un autre nom ou dans une autre région.
- Photo personnalisée : demander une photo de l’objet avec un papier portant votre prénom et la date du jour. Un vendeur qui a l’objet la prend en trente secondes.
- Appel vidéo de deux minutes devant l’objet, le logement ou l’animal.
Un refus, un délai qui s’allonge ou une photo « prise plus tard » répondent à la question.
Exemple : un T2 à Arcachon pour la semaine du 15 août
Annonce : 420 € la semaine, terrasse, vue sur le bassin, quand les logements comparables du secteur se louent 750 à 900 €. La « propriétaire » répond par e-mail : elle vit à Bruxelles, les clés seront envoyées par courrier après un acompte de 30 %, soit 126 €, par virement. L’IBAN fourni commence par LT et le nom saisi ne correspond pas au titulaire, l’application bancaire l’indique avant validation. La recherche d’image inversée retrouve les photos sur une plateforme de location, au nom d’une agence de La Teste-de-Buch, au prix de 840 €. L’acheteuse qui s’arrête là n’a rien perdu ; celle qui a viré passe aux démarches.
La revente de billets de concert attire le même scénario : une place introuvable proposée au prix facial, un PDF envoyé après virement, puis plus de réponse.
Après un paiement
Un virement que l’on a soi-même ordonné compte comme une opération autorisée : la règle du remboursement sous un jour ouvrable, prévue pour les paiements non autorisés, ne s’applique pas. Les démarches utiles :
- appeler la banque le jour même pour demander un rappel des fonds ; la banque du bénéficiaire peut restituer la somme si elle est encore sur le compte, sans obligation de résultat ;
- signaler l’annonce et le profil depuis la plateforme, captures d’écran à l’appui ;
- porter plainte, en ligne pour une escroquerie sur internet, avec l’IBAN, les messages et les preuves de virement ;
- pour des coupons, contacter l’émetteur du coupon avec le reçu du buraliste : un code non encore utilisé se bloque parfois.
Dans le même esprit : Arnaques aux petites annonces · Faux acheteur